Disparu il y a 26 ans, Habib Chatty, un homme d'exception

Il y a vingt six ans, le 6 mars 1991 disparaissait à Paris Habib Chatti, un journaliste militant de grande qualité, un diplomate d'exception, un homme d'état hors pair et le Secrétaire général de l'Organisation de la Conférence islamique qui y a laissé une trace indélébile.
Né à Msaken le 9 août 1916, Habib Chatty a suivi ses études primaires dans sa ville natale, avant de les poursuivre au Collège Sadiki à Tunis. Dés les années 1930, il travaille dans la presse. Sa carrière de journaliste, il la couronne en dirigeant la rédaction du journal Assabah dès sa parution.
En 1955, il est désigné comme directeur de l'information dans le gouvernement de Tahar Ben Ammar. Il fait partie de la première fournée des ambassadeurs tunisiens nommés au lendemain de l’indépendance.
En tant que rédacteur en chef du journal Assabah, il a été à la fois un journaliste de grand talent et un combattant de la liberté de son pays. Les gens de la génération de l’indépendance se rappellent sans doute de l’histoire de "facha" le Wissam accordé par le Bey à Bourguiba et que ce dernier a décidé de rendre pour marquer son mécontentement. C'est Habib Chatty qui a publié l'information lui donnant ainsi la portée qu'elle mérite ce qui a pour effet d'accélérer le processus de libération du pays.
Nommé ambassadeur après l'indépendance dans des postes sensibles, dont Beyrouth, le Caire et Rabat il a noué des relations étroites avec leurs chefs d'Etat et a défendu bec et ongles les intérêts de la Tunisie.
Promu directeur du Cabinet présidentiel en 1972, il a été un collaborateur fidèle et très proche du Président Bourguiba. Le Combattant suprême le nomme le 14 janvier 1974 ministre des affaires étrangères au lendemain de la proclamation de l'union mort née avec la Libye qui a déclenché une crise entre les deux pays. Il démissionne de ses fonctions en décembre 1977, anticipant la crise qui a conduit à l’affrontement entre le pouvoir et l’UGTT culminant avec les événements sanglants du 26 janvier 1978.
En 1979, sa candidature au secrétariat général de l'OCI est approuvée par les Chefs des Etats membres. Il y reste cinq ans une année de plus que la période fixée par les statuts. A Djeddah, il laisse une empreinte indélébile. L'organisation islamique, jusque là squelettique est dotée de la structure qui est la sienne trente ans après. Des commissions permanentes sont créées, l'une est chargée de la défense de la question d'Al-Qods et est présidée par le souverain marocain, Hassan II et son successeur Mohamed VI, une commission des Sciences et de la Technologie, présidée par le président du Pakistan, une commission de l'économie et du commerce présidée par le chef de l'Etat de Turquie, et une commission de l'information et de la culture présidée par le chef de l'Etat du Sénégal.
On lui doit les organisations islamiques qui existent encore et jouent un rôle majeur sur la scène internationale comme l'ISESCO (l'UNESCO islamique). Incontestablement, c'est l'Académie internationale du Fikh islamique qui est le fleuron des organisations créées sous son égide. En plaçant à sa tête l'ancien Mufti de la République, Cheikh Habib Belkhoja, il a fait profiter le monde musulman de l'érudition d'un des plus grands oulémas tunisiens et de plus un disciple du grand exégète du Coran le Cheikh Tahar Ben Achour.
Homme d'une rare finesse, d'une bonhomie légendaire, il cachait derrière sa discrétion, une grande culture, une rigueur et un sens de l'organisation peu communs. Tous ceux qui l'ont connu et approché ne tarissent pas d'éloge sur lui.
(Photo d’illustration Habib Chatty au milieu accompagné de Béji Caïd Essebsi alors ministre des affaires étrangères à la conférence de l’OCI en 1984. On reconnait aussi Noureddine Mezni, alors conseiller du secrétaire général de l’OCI et Abdelatif Fourati ancien rédacteur en chef d’Assabah- collection privée de N. Mezni)
Raouf Ben Rejeb
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