Du Beylicat à la République de Bourguiba

Du Beylicat à la République de Bourguiba

Par Naoufel Ben Aissa 

Ahmed Pacha Bey, l'homme, entre autres, de l'abolition de l'esclavagisme, de la création de l'Ecole Militaire du Bardo, de la modernité du pays, de la diplomatie fructueuse... est décédé en 1851. 

Il était peut-être despote mais éclairé. A sa mort la Tunisie n'était pas endettée, et ce n'est pas rien. 
Certains de ses successeurs n'ont pas été aussi bons gouvernants certes. Ils ont commis des erreurs, des méfaits et même des abus. La révolte de 1864 en est une preuve. Seulement, il ne faut omettre de leur reconnaître des réalisations dont l'édification d'institutions scolaires encore fonctionnelles. Les lycées "Sadiki" et "Alaoui" en sont des exemples. 

Sadok Bey, accusé de traîtrise une fois le traité du Bardo signé en1881 -permettant la colonisation du pays sous couvert de protectorat- est une injustice qui dénote de l'ignorance des enjeux internationaux de l'époque. Nonobstant qu'il a signé sous la menace, contraint et forcé, les pays puissants ont décidé de coloniser les pays "à leur portée". Ainsi, l'Italie a colonisé la Libye, l'Angleterre l'Égypte, la France certains des pays aujourd'hui connus comme francophones dont ceux du Maghreb..etc.. Accusé Sadok Bey d'avoir "cédé" la Tunisie à la France est donc ridicule. En fait, il n'était pas moins patriote que ses accusateurs ni coupable de la prétendue traîtrise.

Faut il rappeler ses réalisations à l'époque de son ministre Khaznadar. Il est vrai que les mkhaznias et khlifas ont abusé de leurs pouvoirs et commis des injustices. La "bourde" de Sadok Bey est d'avoir pris la décision fatidique de nommer Ben Smail premier ministre. Certains Beys n'ont pas fait mieux, mais il ne faut pas mettre tous les Beys dans le même sac. C'est même de l'ingratitude. 

Si les Beys étaient des ignares comme on les a qualifiés, comment expliquer alors qu'ils se sont investis dans la promotion et le développement de l'enseignement ? 

A titre d'exemple, feu Moncef Pacha Bey a exigé l'obligation de l'enseignement aux filles comme aux garçons.
Faut il rappeler que la Zitouna a formé des savants et des personnalités illustres. On peut en citer Ibn Khaldoun, Ibrahim Riahi, les Ben Achour, cheikh Jait, les Neifer, cheikh Ben Mrad, Tahar Haddad et Abou Kacem Chebbi.

De même, dès la première moitié du XXe siècle, la Tunisie avait déjà "ses" médecins, juristes et ingénieurs dont le martyr Dr Abderrahmen Memi, Dr Mahmoud Materi, la première femme médecin Dr Taouhida Ben Cheikh, les ingénieurs Tahar Amira et Annabi. Quant aux avocats et magistrats la liste est longue. Ainsi, les tunisiens n'ont pas attendu Bourguiba pour "aller à l'école". Lamine Bey n'était pas traître non plus ou moins patriote que ses détracteurs. Pour preuve, il n'a épargné aucun effort pour soutenir les militants pour l'indépendance.

A titre d'exemple, son médecin personnel, Dr Abderrahmen Memi, était chargé de faire le lien entre le palais et les 2 parties, l'ancien présidé par Abdelaziz Thaalbi et le néo présidé par Dr Mahmoud Materi auquel a succédé Habib Bourguiba. C'est pour celà, entre autres, que la France l'a assassiné après avoir "liquidé" le leader du syndicat Farhat Hached.

C'est du temps de Lamine Bey que "l'indépendance interne" en 1955 et "l'indépendance totale" en 1956 furent déclarées. Le signataire des accords de l'Indépendance au nom de la Tunisie n'est autre que Tahar Ben Ammar, premier ministre du souverain Lamine Pacha Bey. Le code du statut personnel, sous l'impulsion de Bourguiba, alors premier ministre, fût rédigé par les cheikhs de la Zitouna dont en particulier Ben Achour et Jait et entériné par le souverain Lamine Bey. A la même époque la décision d'élaborer la constitution d'une monarchie parlementaire fût prise. Rappelons que le premier Destour (constitution) élaboré fût celui de "ahd el aman" dans la deuxième moitié du XIXe siècle.

Ensuite, toutes les manifestations pour revendiquer une constitution furent du temps du Beylicat. Les Beys étaient donc de vrais "destouriens", avant même le protectorat. D'ailleurs, juste après l'indépendance, le dernier d'entre-eux a entrepris de réaliser le projet de ses prédécesseurs: doter la Tunisie d'une constitution: Un "Destour". Seulement, la "constituante" constituée, on peut toujours lui courir après! 
Le 25 juillet 1957, Bourguiba a proclamé la République et destitué le Bey auquel il a pourtant juré, sur le Coran, de ne jamais le trahir! Pour Bourguiba, tous les coups étaient permis pour s'approprier le pouvoir, même les plus ignobles. Ainsi, il a trahi le Bey comme il a abusé de son pouvoir de président de la république pour éliminer, par tous les moyens, ses opposants, critiques et contestataires.

La mort sous la torture de "la Beya" épouse du monarque Lamine Bey et le sort réservé à la famille beylicale et à l'illustre ministre Tahar Ben Ammar, signataire de l'indépendance et patriote exemplaire, sont la parfaite illustration de la maniére dont s’est comporté Bourguiba avec ses opposants! 

D’un autre coté, ne s'est il pas approprié tous les beaux rôles et omis, dans "ses contes" de l'histoire de la Tunisie colonisée, de relater le mérite des militants et "moujahidin" dont certains ont fini dans les geôles de la République!? N'a-t-il pas répudié sa première épouse Matilde -qui était une femme battue - et ensuite sa deuxième épouse "al Majida Wassila Ben Ammar" sur un coup de caprice, lui qui s'est proclamé "libérateur de la femme"? 

N'a-t-il pas divisé le pays en deux, une partie "gâtée" et l'autre marginalisée. 

Bref, les méfaits de la république de Bourguiba sont innombrables, multiples et variées. Il faut manquer d'objectivité pour s'investir de la mission d'être "l'avocat du diable". 

L'Histoire est têtue..... Bourguiba, charismatique, politicien chevronné, orateur talentueux, prédateur, arriviste et opportuniste, fût, selon de nombreux historiens, et contrairement à ce qu'il affichait, un dictateur sournois et véreux.

Un “républicain” qui veut intégrer son pays dans la modernité mais qui en réalité, n’a pas hésité à régler ses différents par la torture et le despotisme, et à instaurer un état policier inique où même la constitution n'était pas respecté. Il a laissé ses adeptes, les mkhazniya du PSD, son parti, se comporter en "hors la loi " car ils étaient "au-dessus de la loi".
 
En 1987, la Tunisie au bord de la faillite, réduite à la mendicité et à la précarité, Ben Ali et "ses complices" dont en particulier le Général Habib Ammar et feu Hedi Baccouche ont renversé Bourguiba, auto proclamé président à vie. Il a fallu un coup d'état medico-constitutionnel pour sauver l'État de l'état de Bourguiba. Une fois "Bien installé ", Ben Ali, comme son prédécesseur, s'est approprié le pouvoir, a cadenassé le pays, imposé "ses hommes" et trahi ses compagnons et le peuple. 

Il a tellement dévié qu'il a fini par déraper. Quelques années après l'éviction de ce dernier du pouvoir, Bourguiba est revenu sur la place politique pour servir les sbires de Ben Ali de "fond de commerce ". Pourtant,,"Le Zaim" fût le premier prisonnier politique de Ben Ali. Il l'a mis dans une prison dorée et fait tout pour l'effacer de la mémoire collective. A l'époque, aucun soit disant "Bourguibiste" "n'a bougé le petit ongle du petit doigt". Bien au contraire, ils se sont dépensés à trouver des places dans le nouveau système pour servir le nouveau maître et profiter de ses faveurs.

Pour gagner la sympathie des anti Nahdha et des nostalgiques des ères de Bourguiba et de Ben Ali, desormais révolues, les restes des mkharniya des deux époques, politicards, charognards et arrogants, prétendent, pour des fins électorales, être Bourguibistes et veulent faire croire que l'ère de Ben Ali était meilleure! Quel paradoxe! Quel culot! Depuis dix ans, ils se dépensent à saboter l'État. Ils veulent absolument reprendre le pouvoir, même aux dépens des intérêts de la Patrie. C'est le Bourguibisme.

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