« La peine de mort est le signe spécial et éternel de la barbarie »

 « La peine de mort est le signe spécial et éternel de la barbarie »

 

La peine de mort (ou peine capitale) est une sentence appliquée par le pouvoir judiciaire consistant à  retirer légalement la vie à  un humain ayant commis un crime qui est considéré comme à  réprimer avec le plus de vigueur. La peine de mort est la négation même du droit humain le plus fondamental, celui de vivre, tel qu’énoncé dans la Déclaration Universelle des droits de l’Homme, et est à considérer comme la forme ultime de traitement cruel, inhumain et dégradant.

Mais qu'est-ce donc que l'exécution capitale, sinon le plus prémédité des meurtres auquel aucun forfait criminel, si calculé soit-il, ne peut être comparé ?

Chez les partisans de la peine capitale, elle est conçue comme une loi divine (la Loi du Talion pour les sociétés d'origine chrétienne, ou la charia pour les musulmans). 

Elle a été appliquée dans presque toutes les civilisations à  travers l'histoire. De nos jours, presque toutes les démocraties, comme la France ou l'Allemagne et les autres pays de l’Union Européenne, ont aboli la peine de mort. Les États-Unis sont l'une des rares démocraties avec le Japon à  l'appliquer. La peine capitale reste toujours très présente dans tous les pays non démocratiques.

L’affaire Maher Manaï

L'affaire Maher Manai remonte au mois de septembre 2003 où ce dernier avait découvert une scène de meurtre. Il avait, dans un premier temps, été condamné à mort puis sa peine fut commuée à la perpétuité. C’est alors qu’un de compagnon avait avoué connaitre les auteurs de ce crime crapuleux. Depuis, conforté par ce témoignage, et soutenu par des militants des droits humains, il avait demandé  la révision de son procès qui a été refusée en 2014 puis acceptée en 2017. 

Une affaire qui a fait couler beaucoup d'encre. La société civile s’est mobilisée et le président de la République, Béji Caïd Essebsi, en personne s’est engagé à suivre de près son cas.

Un livre « Le Syndrome de Siliana - Pourquoi faut-il abolir la peine de mort en Tunisie » a, par ailleurs, évoqué son histoire et a mis les projecteurs sur son affaire. Une enquête minutieuse a été menée par les auteurs du livre à savoir Samy Ghorbal, Olfa Riahi, Hayet Ouertani et Hela Ammar pour dévoiler les circonstances de son arrestation et de son incarcération.

« Le cas Maher Manaï est exemplaire des dysfonctionnements, des aberrations et de l’arbitraire du système judiciaire tunisien. Aucune des garanties procédurales prévues par la loi n’a été respectée dans son affaire. Le principe de la présomption d’innocence a été foulé aux pieds, pendant l’interrogatoire, pendant l’instruction, orientée par une enquête falsifiée, et pendant le procès, où la voix des accusés est rarement prise en considération », révèle Samy Ghorbal.

Des militants contre la peine de mort s’organisent 

Dans une lettre rendue publique aujourd’hui, mardi 10 octobre 2017, la Coalition tunisienne contre la peine de mort (CTCPM), a appelé le gouvernement tunisien à ratifier le deuxième protocole du pacte International relatif aux droits civils et politiques en vue d’abolir définitivement cette pratique inique.

La CTCPM exige également des autorités compétentes que soit pris en compte le statut socio-économique de l’accusé lors des procès pouvant conduire à une condamnation à mort mais aussi de s’assurer que le droit à un procès équitable et à une représentation efficace soit respecté.

Selon la CTCPM, le cas de Maher Manaï, jeune tunisien issu d’un milieu pauvre, condamné à mort depuis 2004, illustre le fait que la peine de mort, irréversible, peut s’appliquer injustement à des innocents. Si la Tunisie ne connaissait pas un moratoire de fait, Maher Manaï aurait été exécuté alors même que son procès va être révisé le 26 octobre 2017.

Le cas de Maher Manai est également  la parfaite illustration que la peine de mort est discriminatoire dans le sens où elle s’applique le plus souvent aux couches sociales les plus défavorisées.

Plusieurs militants pour l’abolition de la peine de mort se sont joints à cet appel considérant que le cas de Maher Manaï illustre le fait que :

  1. La peine de mort, irréversible, peut s’appliquer injustement à des innocents ; si la Tunisie ne connaissait pas un moratoire de fait, Maher Manaï aurait été exécuté alors même que son procès va être révisé.
  2. La peine de mort est discriminatoire dans le sens où elle s’applique le plus souvent aux couches sociales les plus défavorisées.
  3. La révision du procès de Maher Manaï, condamné injustement, lui permettra si innocenté, d’être réhabilité et de recouvrer ses droits à la liberté et à la justice.

La Tunisie doit suivre l'exemple des pays  abolitionnistes

En Tunisie, malgré les efforts des abolitionnistes la nouvelle Constitution tunisienne autorise l’application de la peine capitale. Le parlement tunisien a voté en 2015 à la quasi-unanimité une loi prévoyant la peine de mort pour les personnes jugées coupables de terrorisme après les attentats terroristes de Sousse. Mais il ne faut pas s’avouer car il faut rappeler les avancées considérables de la Tunisie sur la question de la peine de mort : aucune exécution depuis 1991, vote en décembre 2012 en faveur de la résolution de l’ONU pour un moratoire universel sur les exécutions, peines de mort commuées en peine de prison à perpétuité. Pour réussir dans cette tâche exaltante et humaniste, il est crucial de propager les valeurs abolitionnistes le plus largement possible dans les couches populaires et dans les programmes scolaires.

La peine de mort est contraire à ce que l'humanité depuis deux mille ans a pensé de plus haut et rêve de plus noble.  Victor Hugo écrivait « La peine de mort est le signe spécial et éternel de la barbarie ».

Aussi je ne connaitrai pas  de but plus élevé, plus saint, plus auguste, que celui-là : concourir à l'abolition de la peine de mort.

A.K

 

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