La Tunisie malade de sa bureaucratie: Enlisement, inertie et procrastination…

Ce n’est pas la première fois, et certainement pas aussi la dernière, que le Président de la République Kaîs Saïed pointe l’apathie des services publics et, en toile de fond, les lourdeurs administratives.
Il en a fait encore part hier, lors de l’entrevue avec la Cheffe du gouvernement Sarra Zaafrani Zenzri . Il déplore même le fait que ce soit la présidence elle-même qui doive toujours intervenir pour résoudre des problèmes « élémentaires » qui sont pourtant du ressort des « responsables » au sein des services publics tenus de veiller à la bonne marche de ces services ou de ces « institutions ».
C’est une épineuse question de sens des responsabilités, de faculté à appliquer les lois et les dispositions législatives (qui ne manquent d’ailleurs pas), rompant avec les réflexes épidermiques de l’évitement et de la procrastination.
En soi, cela doit être le prolongement naturel de la « révolution législative », c’est-à-dire concrétiser et traduire dans la réalité et par les faits tout ce que les lois, les décrets et autres arrêtés ministériels fournissent comme matière pour codifier et réaliser une gouvernance transparente. Et, tout cela, pour répondre à la volonté du peuple. C’est, du moins là, la finalité absolue de l’Etat.
Or, toutes ces pesanteurs bureaucratiques créent un fossé entre l’action de l’Etat et les désidératas populaires.
On a eu beau mettre en œuvre des plates-formes de communication entre les institutions de l’Etat et les citoyens. Elles n’en sont pas moins encore obstruées par des mécanismes techniques, parce que les logiciels ne sont pas encore bien structurés, générant par ailleurs un certain déficit de communication.
Il se trouve, par ailleurs, que des hauts cadres des services publics au niveau central, comme au niveau régional, ne conçoivent pas leur action ailleurs que dans leur propre zone de confort. A cela, s’ajoute une attitude frileuse, la « peur » de décider et de prendre des initiatives.
Chez nous, c’est le mal endémique depuis toujours ; l’attente que le vide devienne bruyant, l’attente d’instructions qui viennent d’en haut…
On ne peut pas dire que les législations ne sont pas prolifiques. Et, d’ailleurs, la loi de finances 2026 regorge de textes en nombre presque inédit : maintenant, il s’agira de les concrétiser. On ne peut pas dire, non plus, que ces textes aient l’allure d’une épée de Damoclès suspendue sur la tête des organes exécutifs de l’Etat et du contribuable. On a d’ailleurs vu la Président demander à la ministre des Finances d’assouplir l’application de la facturation électronique. On verra ce qu’il en découlera.
L’ennui c’est que c’est en aval que les mécanismes grincent. Pour obtenir une copie de jugement, c’est la croix et la bannière. Il faut se lever trop tôt pour obtenir un certificat de naissance. Il faut être privilégié pour un rendez-vous avec un médecin dans un hôpital public. La procédure fiscale peut aussi changer d’une recette des finances à l’autre : c’est la bureaucratie !
Au-delà, cependant, c’est la loi de la paperasse qui sévit, plus grave encore, au niveau des grands projets encore en stand bye, alors que la vision politique est autrement plus ambitieuse. Pour le PME, tout comme pour les sociétés communautaires, c’est toujours le labyrinthe administratif. En ce qui concerne les IDE, les freins ne sont nullement politiques, puisque la Tunisie offre un paysage attractif. Sauf que ces freins sont complexes et tournent parfois en cercle vicieux.
Au-delà de tout cela, au-delà de l’écume des choses, c’est une certaine mentalité réactionnaire qui sévit ; c’est que les avatars d’un certain « Etat profond », legs d’une décennie de mystères, sont tenaces.
Raouf Khalsi
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