Le 7 novembre 1987 trente ans après : la nostalgie ?

Le 7 novembre 1987 trente ans après : la nostalgie ?

 

Il y a trente ans, le samedi 7 novembre 1987, les Tunisiens apprenaient au saut du lit la déposition de leur président Habib Bourguiba et son remplacement par le Premier ministre de l’époque Zine Ben Ali. De sa voix nasillarde, le ton grave celui-ci lisait sa fameuse déclaration du 7 novembre sur la radio nationale, rediffusée en boucle.

Il y est question de Bourguiba premier président de la République de ses énormes sacrifices pour la patrie, de sa sénilité et de l’aggravation de son état de santé, mais aussi du peuple (qui) a atteint un (haut niveau) de responsabilité et de maturité (et qui) est digne d’une vie politique évoluée et institutionnalisée, d’une Constitution (dont) la révision est devenue impérative. Le nouveau président nous promet « une ère nouvelle faite d’efforts et de détermination).

Dans l’état de déliquescence dans lequel se trouvait le pays en raison, la nouvelle fut accueillie avec philosophie par les Tunisiens qui même encore attachés à leur chef historique avaient des craintes pour l’après-Bourguiba. La longue période de fin de règne et la curée autour du vieux Leader diminué malade, nourries par ses hésitations, sa versatilité et son indécision ne sont plus un secret pour personne surtout que tout le monde savait qu’il était sous l’influence néfaste de son entourage qui le manipulait à sa guise.

La classe politique unanime, surtout l’opposition a dès le départ accordé son préjugé favorable au nouvel homme fort d’autant plus facilement que sa déclaration présageait une ère de démocratie, de multipartisme et de respect des libertés.

Bien qu’il fut au gouvernement depuis le 23 octobre 1985 avec sa nomination comme secrétaire d’Etat à la sûreté nationale Zine El-Abidine restait un inconnu pour les Tunisiens qui ne savaient rien sur lui. Son ascension fulgurante, puisqu’en deux ans, il passa à ministre, ministre d’Etat et Premier ministre ajoutait au mystère qui entourait ce personnage lisse qui paraissait jeune bien qu’il fut quinquagénaire.

Enigmatique, fuyant les médias, très réservé en apparence, on le disait à poigne et sans états d’âme. Son discours, qui tranchait avec ces préjugés, plaidait en sa faveur. Son opposition à l’exécution des chefs islamistes réclamée Bourguiba, qui l’avait promu à cette fin à la fonction de Premier ministre tout en gardant le ministère de l’Intérieur rendait encore plus épais le mystère qui s’attachait à lui.

Ses premières décisions, particulièrement la suppression des tribunaux d’exception et de la fonction de procureur général de la république, l’adoption d’une loi sur les partis politiques, l’ouverture sur les associations notamment la ligue tunisienne des droits de l’homme, et la mise en place d’un Pacte national signé par les principales forces politiques y compris les islamistes laissaient espérer des avancées démocratiques dans le pays.

Mais « le printemps tunisien » fut de courte durée. Dés les élections législatives du 2 avril 1989 auxquelles les islamistes se présentaient au sein de listes indépendantes, les scores obtenus par ces derniers (plus de 14% selon les décomptes officiels avec des pics de 30% dans certains quartiers) donnaient un brutal coup de frein à la politique d’ouverture jusque là préconisée par le nouveau locataire de Carthage.

Bien qu’il fut élu par un score à la soviétique (99,27% des voix) parce qu’il était seul candidat soutenu par l’ensemble des partis, Ben Ali prit peur et revint progressivement sur toutes ses promesses. L’affaire de Bab Souika survenue le 17 février 1991 lorsque des jeunes membres de la Tendance islamique incendièrent le local du RCD parti au pouvoir et brulèrent le gardien qui succomba à ses blessures fut le point de rupture définitif de la tolérance jusque là accordée aux islamistes. Ce fut aussi le début d’une répression féroce contre ce courant dont les partisans étaient soit jetés en prison pour de lourdes peines soit contraints à l’exil.

Malgré le maintien d’une opposition docile formée par certains partis qui avaient accepté le jeu et auxquels des sièges sont accordés au Parlement suivant un mode de scrutin mixte (majoritaire et proportionnel) taillé sur mesure, le pays était depuis tenu d’une main de fer avec une présidentialisation du régime poussée à l’extrême puisque le chef de l’Etat décidait de tout et régentait tout dans tous les rouages de l’Etat et du parti au pouvoir, le RCD.

Réélu en 1994 et 1999, et de ce fait ayant épuisé ses mandats Ben Ali initia une révision constitutionnelle en 2002 pour rester au pouvoir jusqu’à 75 ans au moins. Ce qui lui permit de se présenter en 2004 et en 2009.

Dés sa dernière réélection, une campagne était menée pour l’exhorter à se représenter en 2014. C’était alors que cette campagne battait son plein qu’un jeune vendeur ambulant du nom de Bouazizi s’immola par le feu à Sidi Bouzid le 17 décembre 2010 donnant le coup d’envoi d’un soulèvement populaire qui devait gagner l’ensemble du pays et culminer avec la grande manifestation du 14 janvier 2011 sur l’avenue Habib Bourguiba à Tunis poussant Ben Ali à prendre l’avion pour se réfugier à Jeddah en Arabie Saoudite où il vit depuis.

Presque sept ans après cette date fatidique la Tunisie a pris résolument la voie de la démocratie, des libertés et du respect des droits de l’homme. Néanmoins les difficultés économiques et financières du pays qui sont dans l’ordre des choses pour toute transition démocratique donnent l’opportunité à certains de faire part de leur nostalgie pour l’ère Ben Ali.

Mais à bien y réfléchir, tout retour en arrière n’est souhaité par personne.

RBR

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