Liste noire : tous responsables

Liste noire : tous responsables

 

Liste noire : tous responsables

A peine sortie de liste noire des paradis fiscaux de l'Union Européenne, que la Tunisie se trouve inscrite, mercredi 7 février 2018, dans la liste « des pays tiers susceptibles d’être fortement exposés au blanchiment de capitaux et au financement du terrorisme » par le parlement européen. Un coup sévère asséné à notre pays et qui arrive au mauvais moment.  « Malgré une vive opposition » et la division des parlementaires au sein de l’hémicycle de Strasbourg, notre pays n’a pas échappé à cette sanction.  « En dépit des efforts acharnés de certains députés, le Parlement n’a pas réussi à obtenir la majorité absolue nécessaire de 376 voix pour rejeter l'inclusion de la Tunisie, du Sri Lanka et de Trinité-et-Tobago dans la liste des pays tiers considérés comme présentant des déficiences stratégiques dans leurs régimes de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, établie par la Commission européenne », lit-on dans le communiqué du Parlement.

La députée française Marie-Christine Vergiat, s'est déclarée « surprise et dans l'incompréhension », soulignant que plusieurs pays de cette liste sont en guerre, contrairement à la Tunisie. « Je ne comprends pas comment vous pouvez mettre la Tunisie dans le même panier » a-t-elle ajouté. Elle a déposé au nom de son groupe une objection contre l'inscription de la Tunisie sur la liste européenne des pays à risque concernant le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme » s’est-elle demandée. Sans résultat.

Ce nouveau classement est la conséquence d’un laxisme certain et d’une forme d’incurie qui a gagné la classe politique tunisienne et tous les gouvernements successifs depuis le 14 janvier 2011. Certes, le gouvernement actuel est responsable, en premier lieu avec le Banque Centrale de Tunisie, de ces classements successifs dans des listes noires et de la dégradation régulière de la note souveraine qui sont les résultantes d’une politique tâtonnante et l’absence d’une vision globale. Mais aussi à la faiblesse de notre diplomatie qui n’a pas fait preuve de pragmatisme et d’efficacité  et l’Assemblée de représentants du peuple et plus précisément à sa commission de affaires étrangères qui aurait dû faire du lobbying auprès des groupes parlementaires européens à Strasbourg. C’est enfin la conséquence d’une instabilité gouvernementale qui a fait que nous avons connu huit gouvernements en sept ans avec une moyenne de dix mois chacun. Au point où l’on est venu à se demander si la Tunisie est devenue un pays difficile à gouverner.

Un gâchis incommensurable

La Tunisie dont le président français Emmanuel Macron a « glorifié » les mérites au cours de sa dernière visite d’état, n’est certainement pas celle qu’il a décrite devant les députés réunis en séance exceptionnelle et qui l’ont longuement applaudi.  Son émerveillement devant l’histoire « d’un grand pays, d’une grande nation, d’un grand peuple » qui a réussi à se frayer un chemin dans un environnement « bousculé par les temps mauvais », n’ont pas empêché son classement dans les listes noires.

Nous ne devons que nous en prendre à nous-mêmes. Car le gâchis est incommensurable et la déception est grande. Nos politiques et nos gouvernants ont dilapidé des acquis et des atouts considérables. L’accumulation d’erreurs et de mauvaises politiques, au cours des dernières années, ont fortement handicapé la marche du pays et écorné son image à l’étranger. Il se trouve sur les tablettes des pays fournisseurs de gros contingents de djihadistes dont certains ont été impliqués dans des attentats meurtriers comme celui de Nice le 14 juillet  2016 qui a fait 86 morts et 400 blessés ou encore celui de Berlin le 19 décembre 2016 qui a fait 12 morts et 48 blessés. Pourtant, la Tunisie a des atouts qu’elle n’a pas su valoriser. Seul pays dans ce qui est communément appelé « printemps arabe » à avoir, jusqu’ici, réussi sa transition démocratique, elle a même obtenu, à la surprise générale, le prestigieux prix Nobel de la paix en 2015, faisant la Une de tous les médias du monde entier. Les grands de la planète n’ont pas tari d’éloges à l’égard de la « petite Tunisie », citée comme un modèle à suivre dans un environnement hostile. Saluée comme une juste récompense pour un pays qui a réussi, en dépit de toutes les difficultés, à la fois endogènes et exogènes, à imposer le choix d’un modèle de société démocratique, « fondé sur la citoyenneté, la volonté du peuple et la primauté du droit » (article 2 de la Constitution), cette récompense est aussi « un hommage à la persévérance et au courage du peuple tunisien ». (Dixit Barack Obama).

Malheureusement, nous n’avons pas réussi à créer tout un mouvement autour de cette prestigieuse distinction, préférant nous endormir sur nos lauriers. Pourtant ce « Nobel » avait placé notre pays sur une bonne orbite, et même si ses retombées ne sont pas quantifiables, il est certain qu’elles auraient pu être bénéfiques pour le pays, une fois la mise en place des institutions parachevée et l’unité retrouvée. Nous avons péché par un manque flagrant d’une stratégie de communication, basée sur une diplomatie agissante et participant d’une démarche cohérente impliquant tous les acteurs politiques, des médias et de la société civile. Un grand ratage fortement préjudiciable. Même les récipiendaires du Prix qui ont été invités un peu partout dans le monde n’ont pas réussi à vendre cette image d’une Tunisie qui émerge dans un milieu marécageux. Il faut se rendre à l’évidence. On ne peut continuer à gérer les affaires du pays au jour le jour, sans fil conducteur ni stratégie claire.

Une inscription qui ne vaut pas sanction

Cette inscription dans la liste « des pays tiers susceptibles d’être fortement exposés au blanchiment de capitaux et au financement du terrorisme » ne vaut pas sanction. Toutefois, elle « noircit » l’image du pays qui peine à assurer sa transition économique et qui a besoin de soutien et d’aide de la part de pays frères et amis lesquels n’ont cessé de l’encenser et de lui promettre « monts et merveilles ». Et « quel signal envoie-t-on aux investisseurs et aux créanciers de la Tunisie ? Quels dégâts auront été faits d’ici à ce que la Commission revienne sur son acte délégué, le fera-t-elle et si oui quand ? » s’est offusquée Marie-Christine Vergiat.

« La Tunisie demeure fragile économiquement. Elle avance pas à pas dans sa transition démocratique. Faut-il rappeler que les nouvelles institutions n’ont vraiment commencé à travailler qu’en 2015 et que la modification de la législation sur ces sujets ont été parmi les premières mesures prises ? Est-ce vraiment la meilleure façon de soutenir la Tunisie comme nous ne cessons de le proclamer que de la faire figurer sur cette liste », a-t-elle proclamé.

Malheureusement son cri n’a pas eu l’écho escompté auprès des collègues. Pas plus que la voix atone de notre diplomatie.

B.O

 

 

 

 

 

 

 

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