Moncef Bâati : Un diplomate encombrant

Moncef Bâati : Un diplomate encombrant

Moncef Baâti, représentant permanent de la Tunisie auprès de l'ONU, vient d'être rappelé. A quelques jours de la tenue du Conseil de sécurité, où il soumettra au nom du groupe arabe un projet de résolution condamnant le plan Trump de la paix au proche Orient, l'ancien représentant de notre mission permanente à Genève, se trouve désavoué avant la lettre.

Vénale éviction ou représailles ? Les prochains jours nous le diraient. Toujours est-il que peu d'observateurs s'expliquent une « mise à pied conservatoire  » quasi inattendue.

 La Tunisie qui siège au Conseil de sécurité, aurait en effet présenté la première mouture d'un projet de résolution, plutôt accablant pour l'administration Trump. Le texte condamne clairement le fameux « deal du siècle » pour le proche Orient, lui opposant les conventions internationales. Il évoque sans ambiguïté un plan inique, porteur d'un tropisme israélien, conçu en violation du droit international.

Le projet de résolution qui devrait être débattu la semaine prochaine en présence du président palestinien Mahmoud ABBAS, a de faibles chances de passer, mais il aura eu le mérite d'avoir porté à la connaissance des membres du Conseil, la position arabe commune, quant à la stratégie philo-sioniste du beau-fils et senior adviser de Trump, Jared Kushner.

Ingratitude ou lobbying  ?? La rumeur court plus vite que les faits. Le rappel de Baati ferait vraisemblablement suite à deux événements arrivés coup sur coup à Tunis.

D'abord, la rencontre entre l'ambassadeur américain et le président de l'assemblée nationale Rached Ghannouchi.

 Le maigre communiqué de ce dernier, assurant le service minimum dans un idiome diplomatique feutré et impersonnel – faisant référence au peuple et non à l’État tunisien », trahirait, benoîtement, les premières pressions américaines, pour infléchir la position tunisienne et arabe, in extenso.

Ensuite, l'entretien entre Chahed et le même ambassadeur américain, en marge du congrès « Africa Prosper » organisé à l’initiative des États Unis à Tunis mercredi 5 Février, en présence de 50 hommes d'affaire, dont des proches de Trump.

Quel serait toutefois le lien entre les deux rencontres et le rappel de Baati ?

Une visite du ministre tunisien des finances à Washington, aurait été suggérée pour relancer le déblocage du prêt du FMI avec le précieux appui des américains (la tranche de novembre n'a toujours pas été versée). Choux gras.

Quoi de plus de pragmatique pour le département d'Etat américain, que de monnayer cette intervention, par un simple renvoi du diplomate encombrant et un désaveu cinglant de la politique incantatoire du président Kais Said sur la Palestine. Baâti aurait ainsi servi de monnaie d'échange dans un marché de dupes ! Said aurait été mis en minorité !

Il s'agit en tout état de cause d'une première nationale. Jamais le chef de l’État n'a été autant marginalisé dans une décision de nature régalienne. Il s'agirait même d'une première internationale : de mémoire d'homme, jamais un ambassadeur en exercice n'a été rappelé, durant son mandat et à quelques jours d'une réunion du Conseil de sécurité !

A l'échelle diplomatique, nous avons quelques raisons de croire que les retours des flammes seraient très brûlants : Cela rendra de facto caduque l’initiative tunisienne et videra de toute substance la visite du président Mahmoud Abbas.

J.H

Votre commentaire

  • Soumis par fehmi le 7 Février, 2020 - 23:13
    la tunisie en premier , il est hors de question de mourrire de faim pour autre ouis