Prévention des risques climatiques: Rôle du financement et de la gouvernance en Tunisie

Prévention des risques climatiques: Rôle du financement et de la gouvernance en Tunisie

Face à la recrudescence des aléas climatiques et des risques de catastrophes, la Tunisie continue d’adopter une gestion largement réactive, malgré l’existence d’une Stratégie Nationale de Réduction des Risques de Catastrophe (SNRRC) à l’horizon 2030.

Élaborée par le gouvernement tunisien avec l’appui du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), cette stratégie, validée le 4 novembre 2021, est accompagnée d’un plan d’action structurant pour la décennie à venir. Il s’agit de  renforcer la résilience du pays et de promouvoir l’anticipation de manière à rompre avec l’improvisation.

Elle repose sur des investissements importants en infrastructures qui sont à accompagner avec des activités habilitantes dans l’objectif d’assurer l’anticipation, l’inclusion et la durabilité. Sa mise en œuvre nécessite un budget global estimé à 548,7 MD (200,5 millions de dollars). Un premier exercice d’évaluation réalisé en 2022/2023 a fait état d’un niveau de progrès faible. En effet, “il y a une grande différence entre ce qui a été planifié et ce qui a réellement été exécuté”, déplore Kamel Tounsi, expert senior en adaptation au changement climatique, dans une déclaration à TAP.

La SNRRC prévoyait notamment, un investissement d’environ 410,4 MD (142,4 millions de dollars) pour renforcer la résilience des infrastructures critiques et assurer la continuité des services publics essentiels, comme l’eau, l’énergie et la santé. Une enveloppe d’environ 149,5 MD (51,9 millions de dollars) était dédiée à la protection des populations vulnérables et à la sauvegarde du patrimoine culturel.

La stratégie ambitionnait également une couverture de 100 % en matière d’alerte précoce jusqu’à 2025, à travers la création d’un Système National d’Alerte Précoce Multi-aléas, doté d’un budget de 6,03 millions de dollars. Ce dispositif devait permettre la diffusion d’informations fiables en temps réel, y compris dans les zones isolées, afin de réduire les pertes humaines. Les dernières intempéries ont pourtant causé la mort de cinq personnes.

Alignée sur le Cadre de Sendai des Nations Unies, la stratégie répond aux lourdes pertes économiques subies par la Tunisie, estimées à plus de 2 160 millions de dinars tunisiens (sur la base d’un taux moyen de 1 USD = 2,88 TND),  au cours des trois dernières décennies. Le pays demeure fortement exposé aux inondations, à la sécheresse, aux glissements de terrain et aux incendies de forêt.

Si la sécheresse représente 54 % des catastrophes enregistrées entre 1957 et 2018, les inondations demeurent les plus coûteuses, responsables d’environ 60 % des pertes économiques et du plus grand nombre de victimes. Selon la Banque mondiale, la Tunisie figure parmi les pays les plus vulnérables au changement climatique, avec des impacts attendus de plus en plus sévères liés à la hausse des températures, à la baisse des précipitations, aux pénuries d’eau et à l’élévation du niveau de la mer.

Indépendamment de ce cadre de planification stratégique et de définition des priorités nationales, la mise en œuvre des programmes et projets envisagés demeure à la traîne.

En effet, selon la même source, le seul programme majeur de réduction des risques de catastrophes (RRC) important qui est en cours de mise en œuvre au niveau national est celui exécuté par le Ministère des Finances et d’autres partenaires nationaux et appuyé financièrement par la Banque Mondiale et l’Agence Française du Développement à hauteur de 100 millions de dollars (ResCat). Lancé en 2021, ses activités sont programmées jusqu’en 2027. Ce projet vise à améliorer la gestion des risques, renforcer les infrastructures contre les inondations, protéger les populations et les biens, et développer des mécanismes d’assurance contre les catastrophes.

 

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