Quand K2Rym fait le buzz : Voyeurisme, révisionnisme historique et insulte à la mémoire collective…

Tatoué de la tête aux pieds (façon d’être parait-il des rappeurs), se disant mécène et philanthrope (comment, quand et où ?) K2Rym, de son vrai nom Karim Gharbi, était surgi du néant pour pousser l’effronterie jusqu’à se présenter à la dernière élection présidentielle. C’est le tragique et le comique, dirait Marx. En dehors de son « métier » de rappeur, dans sa carte de visite, une seule référence, si l’on peut l’appeler ainsi : le mariage avec Nesrine Ben Ali, fille de feu le Président déchu.
A l’époque, cela a quand même fait le buzz, puisque les réseaux sociaux cultivent une tendance subversive au voyeurisme. En ce sens que les Tunisiens étaient à la fois éberlués et, même, confondus par un mariage pour le moins atypique. Mais c’était déjà, en toile de fond, un Ben Ali qui faisait (peut-être à son insu) du people. Fantasme récurrent dans les sociétés arabes et même occidentales autour de « la princesse » (Diana par exemple) et toute la curiosité fatalement sociétale. Bien entendu, non seulement K2Rym n’a pas été pris au sérieux dans ces élections, mais il écopait d’une peine de prison pour falsification de parrainages.
Or, voilà qu’il réapparait à travers un documentaire devenu viral sur la toile s’y arrogeant le rôle central (reflet narcissique de ses fantasmes), et représentant la fille éplorée d’un ex-président ayant mal vécu son statut de l’époque et philosophant ( c’est normal) sur le sens « absurde » de la vie et la mort qu’elle a capté par « télépathie » au dernier souffle de son père. Dans la vidéo, K2Rym représente Ben Ali (encore du people) comme celui qui a cru en lui en consentant à ce mariage. Piètre représentation en tous les cas, puisque de toutes les façons, le mariage n’a pas duré.
Le voyeurisme s’arrête là. Il reste le fond.
Le timing de la sortie du documentaire n’est pas innocent. Dans ce sens que le rappeur a fait du contexte un prétexte : la 14 janvier 2011, le jour du « Dégage » et le discours, la veille, d’un Président acculé dans ses ultimes retranchements et n’ayant rien trouvé de mieux que de paraphraser de Gaulle : « Je vous ai compris ! ».
Sauf que Ben Ali n’avait pas vu venir l’hécatombe. Parce que l’étincelle s’était déjà déclenchée depuis le 17 décembre à Sidi Bouzid faisant que le feu se fût déclaré à travers les régions défavorisées et laissées-pour-compte jusqu’à embraser irréversiblement Tunis. C’était une révolution. Chose que n’admettent pas les nostalgiques, et ils sont nombreux, mais qui, au fond, ils cultivent le fameux syndrome de Stockholm : l’otage s’éprend de son geôlier.
Or, il se trouve que ce documentaire a pris des proportions virales sur la toile. Et ça continue. Passée l’excitation, il n’en restera rien, parce que la révolution continue, parce qu’il n’y a pas lieu de sacralisation d’un régime de 23 ans finissant par être la totalité unitaire (comme dirait Sartre) du drame d’une nation séquestrée.
C’est au rapport de cette vérité historique qu’un vulgaire rappeur fignole un montage pour faire dans le révisionnisme et dans l’insulte de la mémoire collective.
Raouf Khalsi
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