Samy Ghorbal analyse l’énigmatique affaire de lobbying de Nabil Karoui

Samy Ghorbal analyse l’énigmatique affaire de lobbying de Nabil Karoui

Depuis mercredi soir, la polémique ne cesse d’enfler autour de Nabil Karoui et Olfa Terras au sujet des contrats de lobying qu’ils auraient respectivement singés avec la firme Canadienne de lobbying « Dickens and Madson » et la firme Américaine « America to Africa Consulting » pour améliorer leurs images à l’étranger et chercher des soutiens à l’échelle internationale.

Certains sont même arrivés à accuser ces deux candidats de traîtrise. Bien que les proches des clans Karoui et Terras aient dénoncé des manœuvres initiées par leurs adversaires politiques afin de manipuler l’opinion publique à quelques jours des élections, les attaques ne cessent de fuser de toutes parts sur les réseaux sociaux.

Le consultant et analyste politique, Samy Ghorbal, s’est exprimé sur sa page facebook d’une façon très claire sur l'affaire de lobbying censée impliquer Nabil Karoui. Voici sa position :

"Cette affaire de contrat de lobbying censée impliquer Nabil Karoui avec la firme canadienne Dickens & Madson est extrêmement étonnante, pour ne pas dire étrange. Je vous livre mes réflexions en vrac :

1 - Le document massivement partagé par les gens de Tahya Tounes provient d'une source crédible, il est en effet consultable sur le site du Département de la Justice des Etats-Unis d'Amérique, répertoire FARA. Ce n'est donc pas un hoax, apparemment.

2 - le montant, 1 million de $, pour une mission de deux mois, est très élevé. Très élevé. Pour comparaison, je reproduis le contrat signé entre la firme Conover + Gould avec l'Etat du Qatar, le 29 juin 2017. Il prévoit des honoraires mensuels de 100 000 $. On parle ici du Qatar, un des Etats les plus riches du monde, et on parle d'un contrat signé dans l'urgence, alors que la crise du Golfe vient d'éclater (blocus du Qatar, le 5 juin 2017) et que des menaces d'invasion militaire et de mise à l'index au plan international, pèsent sur l'Emirat.

3 - La date de conclusion du contrat est étonnante : le 19 août, soit plusieurs semaines après le gel des avoir de Nabil Karoui, alors que la campagne va commencer, alors que les dés sont jetés.
4 - le choix du lobbyiste, un israélo-canadien à la réputation sulfureuse, Ari Ben Menasche. Karoui ne peut pas ignorer que si cela vient à se savoir, on l'accusera immédiatement de collusion avec l'ennemi sioniste, de haute trahison, etc. Il ne peut pas non plus ignorer que ce genre de documents ont vocation à être publiés sur le site du Département de la Justice, et donc que cela se saura. Il ne peut pas ignorer qu'on lui demandera des comptes, et qu'on lui demandera également de se justifier quand au virement, alors que ses avoirs sont gelés depuis plusieurs mois.

5 - la description du périmètre et de la nature de la mission est assez étonnante, elle aussi : le lobbyiste promet de tout mettre en œuvre pour obtenir des rendez-vous avec le président des Etats-Unis Donald Trump, le Président de la Fédération de Russie, etc. D'abord, d'ordinaire, on n'écrit pas les choses de manière aussi crue, dans ce type de contrats. Ensuite : ce n'est pas sérieux ! Personne ne peut raisonnablement imaginer qu'un lobbyiste sulfureux basé au Canada puisse, en un mois, et sans contrepartie d'aucune sorte, obtenir des rendez-vous avec Trump et Poutine pour évoquer le cas de Nabil Karoui. C'est grotesque.
6 - nous ne savons rien de l'identité de la personne qui a signé le contrat, le mystérieux Mohamed Bouderbala. Si quelqu'un a des infos, je suis preneur.
Conclusion :
a) première possibilité : tout cela est vrai, Nabil Karoui et ses représentants sont bien naïfs et se sont bien fait avoir. On ne peut exclure totalement cette éventualité.
b) deuxième possibilité : c'est un coup tordu, une sorte de machination. Tout cela est cousu de fil blanc. Tout est trop gros, les montants, le timing, incohérent, l'identité du lobbyiste, trop sulfureuse, et israélien de surcroît, le périmètre de la mission (Trump, Poutine...). Peut-on imaginer que le cabinet Dickens & Madson ait, volontairement, à la demande d'une tierce partie, communiqué ce document à la justice US ? Ou alors qu'il se soit laissé "abuser" par Mohamed Bouderbala, qui ne travaillerait pas pour Karoui mais pour ses adversaires ? Ça ne m'étonnerait pas complètement.

Ce qui est sûr, c'est qu'il faut éclaircir au plus vite l'identité de ce Mr Bouderbala."

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