"Sécurité nationale éducative": Le quart de la population tunisienne dans la balance !

"Sécurité nationale éducative": Le quart de la population tunisienne dans la balance !

Il ne s’agit pas d’une inflation normative. Ce ne sera pas non plus une loi de circonstances. Mais le projet de loi à l’ARP tenant à « la sécurité nationale éducative » n’en cible pas moins le quart de la population tunisienne, c’est-à-dire nos élèves au primaire et au secondaire. L’enjeu est important parce qu’il s’agit de protéger l’école et son environnement contre ceux qui y distillent les poisons de l’outrance.

A plusieurs reprises, le Chef de l’Etat a appelé à lutter contre ce phénomène de la drogue en milieu scolaire. Il a appelé à une mobilisation sécuritaire renforcée, mais aussi à la prévention et à la sensibilisation. Le personnel éducatif doit aussi être au diapason, tandis que l’autorité parentale gagnerait à se réengager dans l’éducation de la progéniture et à ne plus s’en décharger, jetant le bébé avec l’eau du bain, comme on dit.

Pour autant, ce projet de loi tend à remédier à une carence dans les textes actuels du fait que les sanctions ne sont pas suffisamment dissuasives. Pour les dealers, cela s’entend.

Ce projet préconise, en effet, le durcissement des sanctions pour plusieurs crimes en milieu scolaire : drogue et agressions sexuelles sur des mineurs. La sanction ? La perpétuité. Le projet propose aussi des sanctions entre 20 et 30 ans de prison pour « l’appâtage » numérique et l’extorsion.

Les outils proposés ? La création d’une direction spécialisée au sein du ministère de l’Intérieur et la mise en place d’une stratégie d’accompagnement psychologique ainsi que des programmes de prévention. En fait, les deux ministères, ceux de l’Intérieur et de l’Education, doivent travailler de concert et se compléter même. Répression et sensibilisation vont de pair en effet. Il ne suffit pas d’arrêter les criminels, il faut aussi apprendre aux mineurs et aux jeunes de les éviter et de les dénoncer.

Car, oui, la drogue circule en milieu scolaire. Rien que la semaine dernière, les forces sécuritaires ont arrêté à Jebel Jeloud un individu faisant l’objet de 33 avis de recherche pour trafic de stupéfiants en milieu scolaire.

A une échelle plus large, Houssem Eddine Jebabli, porte-parole de la Garde nationale a dressé un bilan qui donne froid dans le dos (cf Espace manager du 18 février 2026). Saisie en 2025 de 550 kg de cannabis ; 1 million et demi de cannabis ; 17, 5 kg de cocaïne. Marché juteux puisque les recettes générées par le trafic de drogue sont de l’ordre de 1, 2 millions de dinars. Dans la foulée, saisie aussi de 55 voitures de luxe, 25 motos et 7 yachts, soit tous les éléments d’un trafic international. Dans ce contexte et par effet « centrifuge » la drogue emprunte irréversiblement une trajectoire vers le milieu scolaire. On réprime certes, mais cela ne suffit pas, surtout que la majorité des détenus dans les prisons tunisiennes est jugée, ou en instance de jugement, pour des affaires de stupéfiants.

Il serait cependant opportun de rappeler que cette constante existait même des temps de l’ancien régime. Pour sa part et à ses heures, le défunt président, Béji Caid Essebsi, s’est attaqué (sans succès) à la loi 52 pour dépénaliser la première consommation de cannabis. C’était une bonne idée pour ne pas briser la vie de jeunes ayant cédé à la tentation d’un joint pour la première fois (le texte prévoit deux ans d’emprisonnement et le juge a vocation de ramener la peine à seulement un an avec sanction financière de mille dinars). Avant lui, Mehdi Jomaa s’y été essayé. Mais c’était et ça reste compliqué.  

Par ce qu’en fait, on aurait été plutôt inspiré de s’attaquer en profondeur à la piovra. Pas uniquement aux conséquences.  Maintenant, il faut espérer que la nouvelle initiative législative soit menée à bon port. Parce que les avocats du diable rôdent eux aussi…   

Raouf Khalsi

 

    

  

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