Tunisie : Quid de la santé du président de la République ?

Tunisie : Quid de la santé du président de la République ?

Les déclarations fuitées de l’ancienne directrice du cabinet présidentiel Nadia Akacha sur l’état de santé du président Kaid Saied ont alimenté les rumeurs sur son état physique. Pourtant, l’homme âgé, aujourd’hui, de 64 ans ne montre aucun signe de faiblesse et parait bien portant.

Mais celle qui, pendant deux ans, le suivait comme son ombre en sait peut-être trop sur sa situation, ses habitudes et son comportement. Elle l’accompagnait dans tous ses déplacements, en Tunisie comme à l’étranger, participait à toutes les réunions du Conseil des ministres, du conseil de la sécurité nationale, assistait à ses entretiens avec des personnalités étrangères. On l’a vue même à la table d’honneur au diner donné à son honneur, le 22 juin 2020 par le président français Emmanuel Macron à l’occasion de sa visite officielle à Paris et assise à sa droite lors de la réunion de travail avec son homologue à l'Elysée. Bref, Nadia Akacha  qu’on affublait du titre de « régente de Carthage », connait les moindres détails sur la vie privée de Saied et détient des secrets d’état, qu’aucune autre personnalité n’en détient.

Pour revenir à cette déclaration choc sur la santé du président, si bien entendu, elle venait à être authentifiée, elle devrait être prise au sérieux. Généralement, transparence et santé des présidents ne vont pas toujours de pair. Le sujet est sensible, à la frontière entre vie publique et vie privée, entre droit à l'information et respect du secret médical. Ou point de se demander si leur santé relève du secret d'État. 

Toutefois, il est toujours normal que les citoyens doivent être informés dans des proportions raisonnables, de la santé de leur président qui doit être en capacité de remplir sa charge. Et il est notoirement connu que tout chef d’état a un médecin particulier, souvent à la tête de l'équipe médicale chargée du suivi de sa santé. Sa protection médicale est, généralement, confiée, pratiquement dans tous les pays,  au service de la santé militaire.

Habib Bourguiba avait comme médecin particulier le professeur Amor Chadli. Son successeur Ben Ali avait confié sa santé au Dr Mohamed Gueddiche. Alors que Béji Caid Essebsi avait choisi son gendre Dr Moez Belkhodja. Par contre, on ne sait rien sur le médecin en chef de l’actuel président.  

Le sujet est si sensible en Tunisie, parce que la santé du président est indissociable de l'histoire de son histoire contemporaine. Bourguiba a été destitué le 7 Novembre 1987 par son premier ministre Zine El Abidine Ben Ali sur la foi d’un rapport de sept médecins qui avaient établi que sa santé déclinait dangereusement et que, par conséquent, il était dans l’incapacité de gérer les affaires de l’état. A son tour, Ben Ali avait souffert d’une maladie sur laquelle on n’avait pas communiqué quand il était au pouvoir, mais qui s’est avérée un cancer qui l’avait emporté dans son exil en Arabie Saoudite. Tout récemment Béji Caid Essbsi, pourtant médicalement bien suivi, a succombé à sa maladie en Juillet 2019. Ce qui a nécessité la convocation d’une élection présidentielle anticipée au bout de trois mois au cours desquels le président du parlement Mohamed Ennaceur a assuré l’intérim en vertu de l’article 84 de la Constitution de 2014, pratiquement abolie par Kais Saied. Ce dernier qui a succédé à Feu BCE, a opté pour une autre forme de succession, en cas de vacance de pouvoir.  L’article 14 du décret présidentiel 117 du 22 Septembre 2021, stipule, en effet,  qu’en « cas de vacance de la Présidence de la République pour cause de décès, de démission ou d'empêchement absolu, le Chef du Gouvernement est immédiatement investi des fonctions de la Présidence de la République, jusqu' à ce que soit assuré le retour au fonctionnement régulier des pouvoirs publics. Et il prête le serment constitutionnel devant le Conseil des ministres ».

B.O

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