Un “Conseil mondial pour la paix” des Nations Soumises

Un “Conseil mondial pour la paix” des Nations Soumises

Présenté initialement comme un instrument destiné à accompagner un cessez-le-feu et une transition politique dans la bande de Gaza, le « Conseil mondial de la paix » voulu par Donald Trump s’est rapidement transformé en un projet aux ambitions beaucoup plus vastes. Doté d’une charte controversée, d’un fonctionnement hypercentralisé autour du président américain et d’un ticket d’entrée financier exorbitant, ce Conseil apparaît, pour de nombreux États et observateurs, comme une tentative de court-circuiter l’Organisation des Nations unies et de redéfinir l’ordre international selon les intérêts de Washington.

Il semble que le président américain Trump ait instrumentalisé l'idée du Conseil mondial de la paix, élément clé de son initiative visant à instaurer un cessez-le-feu dans la bande de Gaza (notamment pour la mise en œuvre de la deuxième phase de l'accord, approuvée par le Conseil de sécurité), afin de transformer ce Conseil en un organe international placé sous son autorité, se voulant une alternative aux Nations Unies. Cette initiative a suscité l'inquiétude de nombreux pays à travers le monde, y compris en Europe.

La charte du Conseil mondial de la paix est composée de 13 chapitres, chacun comportant plusieurs articles, a été publiée. Il est à noter que cette charte ne fait aucune mention de la bande de Gaza, ni des Palestiniens, ni du conflit au Moyen-Orient.

Les articles les plus importants de la charte :

Le chapitre premier, intitulé « Objectifs et fonctions », stipule que « le Conseil de la paix est une organisation internationale qui vise à promouvoir la stabilité, à rétablir une gouvernance saine et légitime et à instaurer une paix durable dans les zones touchées ou menacées par un conflit ».

Le chapitre deux, relatif à la composition du Conseil, précise que « seuls les pays invités par le président peuvent y participer ».

La charte stipule également un ticket d’adhésion : que chaque pays souhaitant rejoindre le Conseil doit verser un milliard de dollars américains (1 000 000 000) en espèces.
« Chaque Etat membre exerce un mandat d’une durée maximale de trois ans à compter de l’entrée en vigueur de la présente charte, renouvelable par le président. Ce mandat de trois ans ne s’applique pas aux Etats membres qui versent plus d’un milliard de dollars au conseil de la paix au cours de la première année suivant l’entrée en vigueur de la charte »

L’article 7 du Chapitre VII dispose que « les différends internes seront réglés à l’amiable et le Président sera l’autorité suprême pour l’interprétation de la présente Charte », et l’article 12 stipule « qu’aucune réserve ne peut être formulée à la présente Charte ».

Quels pays ne se sont pas encore prononcés ?

La Maison Blanche n’a pas publié la liste des pays invités. Mais de nombreuses capitales ont fait savoir que leur dirigeant avait reçu un carton d’invitation. Parmi les autres pays qui ont confirmé avoir reçu une invitation figurent l’Italie, la Suède, la Finlande, l’Albanie, le Brésil, le Paraguay, la Jordanie, la Turquie, la Grèce, la Slovénie, la Pologne ou encore l’Inde et la Corée du Sud.

Pays favorables adhérents à ce conseil de la paix ?

Donald Trump a inauguré, jeudi 22 janvier à Davos, en Suisse, son nouveau Conseil de la paix, en présence d’une vingtaine de dirigeants de pays ayant rallié cette instance placée sous sa coupe. « Une fois que ce conseil sera complètement formé, nous pourrons faire à peu près tout ce que nous voulons », a déclaré le président américain à l’occasion du Forum économique mondial.

Benyamin Netanyahou a accepté l’invitation de Donald Trump à siéger « en tant que membre » au conseil de la paix. Un génocidaire qui va faire régner la paix !!! Misère. En Hongrie, le premier ministre, Viktor Orban, a accepté dès dimanche l’invitation « honorable » de son allié Donald Trump d’être « membre fondateur » du conseil de paix. Le président argentin, Javier Milei, a déclaré que ce serait un « honneur » de siéger au conseil. En Azerbaïdjan, le ministère des affaires étrangères a annoncé que le président Ilham Aliev était « prêt à prendre part aux activités du conseil de paix ». Le roi du Maroc Mohammed VI rejoindra le conseil en tant que « membre fondateur ». Treize pays arabo musulmans ont adhéré par peur des foudres de Trump qui peut les nuire : Egypte, Maroc, Turquie, le Pakistan, L’Indonésie, Azerbaïdjan, Kosovo, Emirats Arabes unis, Arabie Saoudite, Koweït, Qatar, Bahreïn et Kazakhstan.

Quels pays défavorables à ce conseil de la paix ?

Pour toutes ces raisons, la majorité des pays invités par Trump à participer au Conseil ont décliné l’invitation et refusé d’assister à la réunion en marge de la conférence de Davos, qui devait aborder cette question. La Chine a déclaré défendre le système international avec les Nations unies « en son centre », après avoir affirmé la veille avoir été invitée à rejoindre le conseil de la paix proposé par le président américain, Donald Trump. La France, la Grande Bretagne, l’Allemagne, l’Espagne etle Danemark ont rejeté cette invitation.

le président américain a annoncé jeudi retirer son invitation adressée au premier ministre canadien, Mark Carney. « Veuillez considérer la présente lettre comme une notification du retrait par le Conseil de paix de son invitation à participer à ce qui sera le Conseil de dirigeants le plus prestigieux jamais réuni », a écrit le président américain sur son réseau Truth Social. Plus tôt dans la journée, Mark Carney avait rétorqué à son homologue américain que le Canada « n’exist[ait] pas grâce aux Etats-Unis ». Ça commence bien et cet acte montre qui dirige réellement ce conseil qui est soumis aux diktats de Trump.

Un projet pour Tuer l’ONU et ses institutions

En novembre 2025, le Conseil de sécurité des Nations unie a adopté la résolution 2803 qui traite du “Conseil de la paix”. Dans cette résolution, il approuve le plan de Trump visant à mettre fin au conflit de Gaza, y compris la création du "Conseil de la paix" en tant qu'administration transitoire pour la bande de Gaza.

La résolution autorise le Conseil à, entre autres, coordonner la reconstruction de Gaza, superviser une administration transitoire et coordonner l'acheminement de l'aide humanitaire. Elle autorise également la création d'une force internationale de stabilisation opérant sous la direction du conseil. Elle précise que son mandat est limité à Gaza et s'étend jusqu'au 31 décembre 2027, et qu'elle doit présenter des rapports d'avancement au Conseil de sécurité de l'ONU tous les six mois.

Le document de huit pages du projet de Trump est à l’opposé de cette résolution. Il critique les « approches et institutions qui ont trop souvent échoué », dans une allusion à peine voilée à l’ONU, et appelle à avoir « le courage » de s’en « écarter ». Il insiste sur « la nécessité d’une organisation de paix internationale plus agile et efficace ».

Le projet de charte révèle une initiative et un mandat bien plus vastes que la seule question de Gaza et semble en faire un véritable substitut à l’ONU. Ce projet « soulève des questions majeures, en particulier quant au respect des principes et de la structure des Nations unies, qui ne sauraient en aucun cas être remis en cause ».

Par ailleurs, une déclaration clarificatrice a été publiée par les Nations Unies immédiatement après la publication de la Charte du Conseil de paix américain, rejetant la déviation du Conseil par rapport aux objectifs qui lui avaient été assignés par le Conseil de sécurité. Le porte-parole adjoint de Guterres a déclaré : « Le Conseil de sécurité a exclusivement autorisé le Conseil de paix à mener ses travaux à Gaza. »

Abdessatar Klai

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