Les Tunisiens ont imposé une élévation de la conscience collective

Les Tunisiens ont imposé une élévation de la conscience collective

Par le Pr. Ali Chebbi

Certes, c’est l’évènement de l’année pour les Tunisiens qui ont dit leur mot, explicitement et implicitement,  à l’égard de la Transition, des défis économiques et sociaux, de la classe politique, de l’environnement régional et international, et même du référentiel culturel national. 

Les Tunisiens ont aussi dit leur mot face à une Elite intellectuelle à la recherche d’un temps perdu, et aussi face à ceux qui auraient perdu espoir pour un avenir meilleur. C’est ce que nous pressentons en suivant la mobilisation de masse orchestrée par des franges de la population de plusieurs classes sociales en pleine avenue Habib Bourguiba de la Capitale ; une avenue témoignant des principaux points d’inflexion dans l’histoire récente de la Tunisie. 

Avec une distribution des voix (3/4, 1/4) au second tour en faveur de Kais Said, un ensemble de remarques d’ordre général s’imposent :

I) Les 75% du scrutin adressés au nouveau Président ne traduisent pas la popularité d’un seul parti politique. En revanche, c’est un seul message, mais multiple, à tous les partis politiques ayant soutenu le candidat vainqueur :

1) Les Tunisiens ont imposé une élévation de la conscience collective à l’égard des conditions sociales d’existence ; une conscience dépassant celle des Élites médiatiques, intellectuelles et politiques, replaçant ainsi implicitement le clivage d’une opposition identitaire fallacieuse vers une opposition plus objective de l'ancienne règle de répartition de la rente sociale, contre une nouvelle plus équitable. Impressionnant, ceci mériterait attention et même étude et approfondissement par rapport à la littérature et aux expériences de transition.

2) Les Tunisiens ont encore du souffle pour entamer un deuxième cycle de transition, porté au tiers par une population très jeune n’ayant a priori aucun blocage idéologique. Ce nouveau cycle est entamé pour que justice sociale soit rendue. Il inclurait nécessairement non seulement de nouveaux leaders et nouvelles élites, mais aussi de nouvelles règles de jeux. Cependant, ces cycles ne seraient pas si perpétuels si les élus ne se conformaient pas aux attentes.

3) Les Tunisiens confirment leur attachement aux valeurs de la deuxième république qu’il souhaiterait concrétiser. Ceci est grâce à l’espace élargi de liberté d’expression, mais aussi à sa dignité en refusant de faire la manche au bon samaritain.

4) Les Tunisiens ne veulent plus entendre les évidences répétées et les promesses de la nuit faites de beurre, fondant au soleil. En fait durant le dernier mandat, les Tunisiens avaient toujours à faire avec les mêmes promesses la veille de chaque loi de finance, sans que leur trend de vie ne semble s’améliorer.

5) Les Tunisiens ne veulent plus témoigner d’auteurs de corruption mener leurs activités dans l’impunité.

II) Il serait impératif de capitaliser sur cet état d'union populaire et de conscience collective généralisée avant qu’il s’amortisse avec le retard de réalisations :

1) Que toutes les parties ayant soutenu le nouveau Président s’inscrivent dans un ‘’registre commun de sauvetage’’ en se concentrant sur les principaux défis : institutionnel, économique et social, en désactivant leur ego (s) et en annulant les stratégies politiciennes de court terme ne concernant point les électeurs. En fait, à attendre que l'herbe pousse, le bœuf meurt de faim. 

Juste au plan institutionnel, il faudrait compléter la mise en place des instances constitutionnelles et les mettre en fonction aussitôt. Aussi, une coordination rapprochée entre les trois pouvoirs afin d’éviter les conflits institutionnels qui mèneraient à une instabilité politique freinant la réalisation des objectifs de développement économique et social. 

En outre, la dimension institutionnelle requiert de l’inclusion, i.e. étendue participative suffisante et des mécanismes pour inclure toutes les parties prenantes du changement, mais aussi les meilleures pratiques de gouvernance publique à commencer par le recrutement selon le critère de la compétence et du mérite. 

Enfin, une démarche basée sur les programmes séparés et délimités dans le temps serait beaucoup plus efficace que celle adoptée habituellement par les gouvernements antérieurs.
 
2) Certes, les défis requirent du temps, des efforts et des vraies compétences nationales surtout face à la limitation des moyens et la fragilité économique de plus en plus prononcée due entre autres à des politiques économiques inefficaces. Mais, avec une approche institutionnelle inclusive et un discours politique honnête et transparent, l’attente de la population pourrait être gérée et la stabilité socio-politique nécessaire pourrait être établie.

3) Enfin, outre plusieurs dossiers suspendus depuis des années et devant être traités en urgence et efficacement, il faudrait que l’opposition joue son rôle en faveur des prérogatives de la transition, loin du populisme que les tunisiens semblent se rendre compte de ses coûts que nul ne les supporte qu’eux-mêmes. 
 

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