Première conférence de presse du sélectionneur national: Lamouchi entre "rêve" et réalisme…

Dans le contexte d’un football national devenu toxique et outrageusement passionnel, Sabri Lamouchi ne s’est pas imprudemment immiscé dans une cuisine interne où tout va de travers, où il n’y a plus de règles. Même la VAR dénie sa propre technicité et les arbitres leur propre dignité.
Ces derniers jours, en effet, un classique du genre entre le Club sportif sfaxien et le Club africain a tout bonnement tourné au vinaigre. La toile s’en est saisie débitant des insanités, tandis que les plateaux transgressaient toutes les chartes et toute l’éthique journalistique. Les dirigeants, eux, en faisait une affaire de vie ou de mort.
Au milieu de ce brouhaha, le sélectionneur national a eu, hier, une attitude et des propos transversaux.
D’emblée, il a tenu à clarifier une question : avait-il, en 1993, refusé de porter le maillot de l’équipe nationale ? Cette intrigue a en effet surgi, dès sa nomination comme sélectionneur national. Youssef Zouaoui, qui dirigeait la sélection à cette époque-là, a été invité à donner sa version des faits. Selon lui, Lamouchi a refusé de jouer. « Mais alors, pourquoi me suis-je échauffé durant une demi-heure, puis été rappelé au banc ? » précisa Lamouchi . Nous nous souvenons tous de cette séquence. « Pourquoi aurais-je répondu à la convocation elle-même ? », renchérissait-il.
Il ferme la parenthèse réaffirmant sa tunisianité et ses racines. Comme pour dire qu’il est dans la logique de « l’envers et l’endroit », comme dirait Camus. Les procès d’intention de « patriotisme » sont en effet malvenus. Il n’empêche : les binationaux en sont toujours exposés.
« J’ai rêvé et j’appelle à rêver avec moi » dit-il ensuite, parce que tout commence par le rêve, là où tout devient possible, même le meilleur. L’épopée de l’Argentine aura d’abord été un rêve en effet.
Dans les faits, dans la réalité, la musique change : dépassé le rêve indicible, il faut remettre les pieds sur terre.
Parce que la réalité de l’équipe nationale donne un gâchis en coupe arabe et à la coupe africaine. Lamouchi précise aussi qu’il n’est pas mentionné dans son contrat l’obligation d’accès au deuxième tour de la coupe du monde. A un journaliste qui posait la question à ce propos, le sélectionneur national brandissait les statistiques : l’équipe de Tunisie ne s’est jamais qualifiée au premier tour. Et, du coup, ce furent les spéculations, mais pas les probabilités : se qualifier comme meilleur troisième de la poule. Quelque part c’est du défaitisme.
On reprochera à Lamouchi cet engrenage de calculs, alors qu’il parlait quelques instants plutôt de « rêve » d’empathie et de plaisir. C’est sans doute sa façon à lui de communiquer. En tous les cas, on n’en a pas l’habitude.
Parce que, par ailleurs, le parterre des confrères (?) était d’une indigence affligeante, en dehors de deux, trois questions pertinentes. Parce qu’en plus, Lamouchi a dit que les matches du championnat l’ennuyaient. Signe clair que le sélectionneur national ne compterait que sur « les expatriés » ? On ne saurait le dire. Pourquoi a-t-il fait un focus sur Ferjani Sassi et Youssef Msakni ? C’est encore le parterre, mais il aurait pu se faire l’économie d’évaluations qui personnifient le débat autour des horizons futurs de la sélection dans sa globalité.
Lamouchi est néanmoins porteur d’un nouveau style de communication. Il lui faudra du temps, et beaucoup plus que du « rêve », pour draper la sélection d’un indispensable consensus partagé par tous.
Pour l’heure, il cherche à se faire accepter. C’est le « nous » qui prime, et pas le « je ». Binational et, donc, tunisien ? Il faut en finir avec ce narratif. Parce que l’on ne finirait pas de disserter sur le sexe des anges.
Raouf Khalsi
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