Un élève tué dans un lycée à Monastir, symbole d’une spirale inquiétante

Le meurtre d’un lycéen de 16 ans à Monastir par deux adolescents du même âge a profondément choqué l’opinion publique et ravivé le débat sur la montée de la violence dans les établissements scolaires. Entre insécurité, consommation précoce de drogues et fragilités sociales, ce drame met en lumière une crise qui dépasse largement les murs de l’école et appelle à une réponse collective urgente.
Les Tunisiens sont sous le choc après un nouveau drame survenu au sein d’une institution éducative. Dans un lycée du gouvernorat de Monastir, un élève de 16 ans a été mortellement poignardé et un autre grièvement blessé par deux adolescents âgés de 16 et 17 ans. Les unités sécuritaires ont rapidement procédé à leur arrestation. Au-delà de l’horreur du crime, c’est l’âge de la victime et des agresseurs qui bouleverse l’opinion : des enfants qui tuent des enfants dans un espace censé être le plus sûr de la société.
Ce meurtre ravive le souvenir d’un précédent tragique survenu en novembre 2021, lorsqu’un enseignant du lycée Ibn Rachiq à Ezzahra avait été violemment poignardé en pleine classe par l’un de ses élèves, alors âgé de 17 ans. Deux drames qui illustrent une même réalité : l’école tunisienne semble s’enliser dans une spirale de violence devenue récurrente. Les agressions visant les élèves et le cadre éducatif ou les atteintes à l’intégrité des établissements se multiplient, au point de nourrir un sentiment d’insécurité grandissant.
Ce qui s’est produit à Monastir n’est donc pas un incident isolé, mais un nouvel épisode d’une série inquiétante. D’une violence faite autrefois de disputes et de bagarres scolaires, la situation a évolué vers des actes extrêmes pouvant aller jusqu’au meurtre. Comment en est-on arrivé à ce qu’un élève apporte un couteau au lycée ? Comment l’école peut-elle devenir le théâtre d’un passage à l’acte criminel ? Et pourquoi certains adolescents semblent-ils aujourd’hui plus enclins à la violence qu’au dialogue ?
Plusieurs études et rapports publiés ces dernières années alertent sur des indicateurs préoccupants : hausse des violences verbales et physiques, sentiment d’insécurité croissant chez les élèves et les enseignants, propagation du port d’objets tranchants et consommation de drogues à un âge de plus en plus précoce. Les spécialistes soulignent que l’usage de substances psychoactives chez les jeunes est souvent lié à une agressivité accrue, à une perte de contrôle émotionnel et à une incapacité à mesurer les conséquences des actes.
Au-delà de la seule sphère scolaire, c’est une crise sociétale plus large qui se dessine. Pressions économiques et psychologiques sur les familles, manque d’accompagnement psychologique dans les établissements, recul du suivi parental, influence de la violence dans l’espace numérique et absence de programmes de prévention durables : autant de facteurs qui s’entrecroisent et fragilisent l’environnement éducatif.
La violence à l’école n’est d’ailleurs pas un phénomène exclusivement tunisien ; elle touche de nombreux systèmes éducatifs à travers le monde. Elle prend des formes multiples : insultes, agressions verbales et physiques, harcèlement, racket, menaces ou vandalisme. Enseignants, élèves, parents et administration sont tous concernés. Certains élèves vivent dans la peur en dehors de l’établissement, exposés au harcèlement et aux agressions, tandis que des enseignants subissent à leur tour des violences de la part d’élèves ou de parents. Ce climat révèle un malaise profond dans les relations entre les différents acteurs de la communauté éducative.
Les conditions de vie difficiles, la pauvreté, l’exiguïté des espaces de vie et l’influence des médias contribuent à façonner un profil d’élèves très éloigné de l’élève modèle idéalisé. La violence s’installe progressivement comme une « violence ordinaire » qui inquiète et pourrait, à terme, déstabiliser l’ensemble de la société.
Si les médias contribuent parfois à amplifier le phénomène, l’image de l’école n’en demeure pas moins fragilisée. Or, la violence installe un climat de peur et de méfiance dans une institution censée transmettre les valeurs de savoir, de solidarité, de tolérance et de modération.
Face à cette situation, les appels à la dénonciation ne suffisent plus. La lutte contre la violence scolaire exige une coordination réelle entre les différents acteurs de l’éducation, ainsi que la mise en place de dispositifs partenariaux durables. Il s’agit de bâtir une politique globale, fondée sur des actions ciblées, notamment dans les établissements les plus exposés.
Les chercheurs et pédagogues rappellent qu’un climat scolaire serein est indispensable au bien-être et à la réussite des élèves. Mais entre des emplois du temps surchargés, l’absence d’espaces dédiés aux activités culturelles et sportives et le poids des cours particuliers, les marges de manœuvre restent limitées.
Le drame de Monastir doit ainsi constituer un signal d’alarme majeur. Protéger l’école, c’est protéger l’avenir. Et l’urgence d’une réponse collective et durable n’a jamais été aussi évidente.
B.O
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